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Présentation

Article de N.PICCAND in CREAVENIR n°1 des cahiers de Créations Plastiques du Puy de Dôme - Conseil Général 2000 _ P18/19.

De nationalité allemande, Petros passe la première partie de sa vie dans son pays. Il y fait des études de photographie pour devenir professionnel Diplômé en 1973. Il pratique durant quatre années le métier de photographe dans la publicité. Mais son style de vie et son statut social ne le satisferont guère : l’art lui sera, alors, une catharsis pour surmonter ses difficultés existentielles. Déjà à l’âge de seize ans, des tableaux lui étaient soudainement apparus, et il avait alors commencé seul à s’initier à la fois à l’histoire de l’art et à la création même. Lors d’un voyage touristique en Grèce en 1974 -dans la grande tradition culturelle allemande depuis Goethe-, il fait ses premiers dessins et fusains qu’il vend aux passants, mais doit retourner en Allemagne pour faire son service militaire. En 1978, marié à une française, il s’installe en Bretagne, abandonne la photographie et décide de se consacrer totalement à la peinture et à la sculpture. Ses œuvres sculptées peuvent s’apparenter à « l’art brut » : spontanément, sans souci esthétique ou intention culturelle, il crée ; quant à sa peinture, déjà plus construite, elle apparaît comme l’ébauche de ce que sera son style le plus caractéristique. Son premier grand œuvre, réalisé en deux ans, se compose d’un ensemble de douze tableaux et de douze sculptures, dont le thème est la quête du Graal. Cette légende médiévale qu’il a lue en français, consignée par Chrétien de Troyes, inaugure l’expression plastique d’une de ses préoccupations majeures : la religiosité voire le mysticisme. Pour cette composition ne soit pas démantelée, il en fait don en 1982 à sa commune de Combs-la-Ville (Seine et Marne) et part s’installer avec sa famille à la Roche d’Agoux en Combraille auvergnate où il réside toujours. Il vit là en osmose rousseauiste avec le milieu rural ; il apprend à travailler la terre avec des animaux dressés par ses soins, restaure sa maison avec des techniques anciennes et continue à peindre. En butte à l’hostilité de ses voisins qui saisissent mal sa démarche, Petros, pour leur prouver ses qualités artistiques, fait le portrait de la personnalité la plus populaire d’entre eux et de sa mère, Dédé et Alice ; il gagne alors l’entière confiance de son voisinage qu’il mettra régulièrement en scène dans ses tableaux.

Débordement, profusion, pléthore, extraversion : il n’est même pas sûr qu’un seul superlatif exprime l’espèce de jaillissement foisonnant par quoi l’œuvre de Petros se recommande d’emblée. Débauche quantitative d’abord : sa production est énorme, on la sent continue, inépuisable ; multiplicité des thèmes ensuite, de l’intériorité mystique la plus sublime aux portraits de famille les plus intimistes ; variété des maîtres aussi, en un joyeux désordre où l’on reconnaît la raideur de Frida Khalo, le miniaturiste délirant de Bosch, l’onirisme de Dali, la simple démarque de Dürer ou Cranach, les longs cous surmontés d’un regard vide de Modigliani, des morphologies corporelles martyrisées de Picasso, etc.... ; orgie de couleurs, de formes et de manières enfin : les toiles sont saturées de coloris superbes et harmonieux, débordantes de motifs abstraits comblant les vides entre les fleurettes tendant elles-mêmes à remplir l’espace : il y aura toujours moins de toiles au monde que de sujets plastiques dans la tête de cet artiste, et chaque toile sera toujours trop petite pour ses compositions mentales. On sent qu’il peint comme il respire : par besoin physiologique ; tout ce qu’il voit, toutes ses lectures, les événements petits et grands de sa vie et jusqu’aux plus menus sont transformés en ce qu’on aimerait nommer une « matière plastique », c’est-à-dire une source incessante de formes et de couleurs. Il appartient à ces créateurs auxquels tout (une petite contrariété, une souris glissant le long d’une plinthe, un bouquin parcouru par hasard, un bruit insolite, une femme entrevue en voiture) est prétexte à produire du beau - plus : à convertir l’univers en objet esthétique ; cet artiste est une éponge qui absorbe son milieu, le broie et le recompose avec ses meules et ciseaux que sont les maîtres qui l’inspirent, puis le restitue sous forme d’images de kaléidoscope sans cesse changeantes et dont la série n’est jamais finie. Et peut-être cet éclatement profus même en, vient à saturer le spectateur : il est aisé de savourer un artiste aussi riche, il est difficile de le suivre jusqu’au bout dans sa richesse ; on aimerait un thème de prédilection plus parqué, des maîtres moins nombreux qu’il eût pu mieux exploiter et transformer ; on aimerait.... Mais peut-être aussi le critique n’a-t-il pas à dire cela : la démesure plastique est constitutive de Petros, et tenter d’y mettre de l’ordre reviendrait à l’étouffer.

Quelques lignes suffiront - malheureusement - pour traiter de la sculpture que cet artiste a cessé de pratiquer depuis plusieurs années. Sculpture autodidacte comme toute sa peinture, mais plus que cette dernière très proche de ce qu’on nomme un peu bêtement « l’art populaire » : cet art non-académique pratiqué par le peuple depuis des siècles, étranger voire hostile à tout canon stylistique officiel depuis la fin du Moyen-Âge peut-être, et consistant dans la sculpture, à emmancher les unes et les autres des formes rondes, mi-figuratives mi-abstraites, où les morphologies sexuelles préconscientes abondent. Il y a tout cela et plus dans les sculptures de Petros, en ronde bosse comme en bas-relief, qui justifierait une longue analyse particulière.


Rubrique : L’ARTISTE.

Dernière mise à jour le dimanche 14 novembre 2004



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